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Voyager au Japon autrement : cap sur les îles de la mer intérieure de Seto.
Quelque part entre Honshu et Shikoku, découvrez un archipel discret où l’art épouse la mer et le silence.
À l’occasion de la Triennale de Setouchi 2025, partez explorer ces îles baignées de lumière, entre musées à ciel ouvert, paysages suspendus et traditions vivantes. Un voyage hors cadre, loin du bruit, tout près de l’essentiel.
Et si le Japon se dévoilait autrement ? Loin des sentiers battus, la Triennale de Setouchi 2025 vous invite à explorer des îles où l’art contemporain dialogue avec la mer et le silence.
Il suffit de quelques heures depuis Osaka ou Hiroshima pour que le Japon révèle un autre visage. Loin des foules de Kyoto et des néons de Tokyo, l’archipel de Setouchi se laisse approcher par la mer, doucement, presque à voix basse.
Un chapelet d’îles éparpillées dans une mer intérieure paisible, où l’art contemporain a trouvé refuge, résonance, et parfois même silence.
La Triennale de Setouchi (Setouchi Triennale), événement majeur de l’année 2025, invite à suivre un itinéraire fait de traversées lentes, de paysages immobiles et de rencontres inattendues entre créations humaines et beautés naturelles.


Naoshima : une île musée à ciel ouvert.
Tout commence souvent à Naoshima, l’île phare de cette constellation artistique. Une traversée en ferry depuis le port de Uno suffit pour que l’ambiance change : ici, les gares ont laissé place aux jetées, les klaxons aux cris des mouettes.
Dès l’arrivée, la Red Pumpkin de Yayoi Kusama nous accueille, posée comme un clin d’œil au voyageur qui débarque. Elle est la première œuvre d’un parcours qui n’a ni mur ni plafond, et qui s’inscrit dans un paysage maritime d’une douceur infinie.
Naoshima n’est pas qu’un musée à ciel ouvert ; c’est un laboratoire sensible où l’on circule à vélo, au rythme du vent. Sur les sentiers qui longent la mer, on rejoint Yellow Pumpkin, autre emblème de l’île, avant de pénétrer dans l’univers du Chichu Art Museum.
Ici, l’architecture de Tadao Ando s’efface dans la terre, littéralement : le bâtiment est entièrement enterré, pour mieux laisser la nature respirer. À l’intérieur, les Nymphéas de Monet baignent dans une lumière naturelle filtrée par des ouvertures savamment pensées. L’expérience n’est pas seulement visuelle : elle est physique, presque méditative.
Le Benesse House et l’Art House Project : vivre l’art au quotidien.
Non loin de là, le Benesse House Museum prolonge cette sensation de porosité entre l’art et le paysage. Le bâtiment épouse la courbe du rivage, et depuis les baies vitrées du café, on observe les installations extérieures comme on regarde les nuages passer.
Plus loin, dans le quartier de Honmura, le Art House Project transforme d’anciennes maisons traditionnelles en œuvres immersives. Certaines sont presque invisibles depuis la rue, d’autres transforment leur intérieur en labyrinthe onirique. C’est l’art comme prétexte à la flânerie, à la lenteur, à l’oubli du temps.


Teshima : quand architecture et nature ne font plus qu’un.
Mais la force de cette région ne se limite pas à Naoshima. Il suffit d’embarquer vers Teshima pour que le voyage prenne une nouvelle profondeur.
Sur cette île rurale, le Teshima Art Museum s’élève à peine du sol, comme un souffle posé au milieu d’anciennes rizières. La structure blanche et creuse, percée de deux ouvertures vers le ciel, capte chaque variation de lumière, chaque souffle d’air.
À l’intérieur, de fines gouttes d’eau glissent au sol, animant l’espace comme une installation vivante. Rarement un lieu aura mieux incarné la fusion du minéral, du végétal et de l’humain.
Shodoshima : légendes, érables et chemins de sable.
Plus à l’est, Shodoshima dévoile un tout autre visage. C’est une île plus grande, plus montagneuse, plus habitée aussi. Mais l’émotion reste intacte.
Au cœur de ses gorges, Kankakei déroule des panoramas spectaculaires, surtout à l’automne quand les érables en feu embrasent les falaises. Et quand la mer se retire, Angel Road apparaît : un mince ruban de sable reliant l’île principale à un îlot, accessible seulement à marée basse.
Légende locale oblige, on dit que les vœux formulés en traversant main dans la main cette langue de sable se réalisent. Peut-être parce qu’on y croit, au moment précis où les pas s’y posent.
Takamatsu et Kotohira : entre udon et théâtre kabuki.
Au retour vers l’île principale de Shikoku, une halte à Takamatsu permet de redescendre doucement de ce nuage poétique. Le Ritsurin Park, l’un des plus beaux jardins du Japon, nous replonge dans l’esthétique classique : ponts de bois, collines miniatures, pins taillés au cordeau. Et comme souvent au Japon, la tradition côtoie l’expérience.
À Kotohira, on enfile un tablier pour apprendre à pétrir des udon à la main – ou plutôt au pied, selon la méthode ancestrale. Ici, la pâte se danse autant qu’elle se cuisine.
Puis, dans les coulisses du Kanamaru-za, le plus vieux théâtre kabuki du pays, les rideaux se soulèvent sur une autre forme d’art : celle qui vit dans le geste, le bois, la mémoire.
Voyager au Japon hors des sentiers battus.
Ce périple dans les îles de Setouchi n’a rien de spectaculaire au sens habituel du terme. Il est fait d’attentions, de silences, d’ombres portées sur des tatamis anciens. Il ne cherche pas à impressionner, mais à laisser une trace subtile. Et c’est précisément là que réside sa richesse.
Dans un Japon de plus en plus sollicité par un tourisme parfois frénétique, Setouchi rappelle qu’il existe encore des refuges.
Des lieux où l’on voyage sans courir, où l’on regarde sans photographier, où l’on comprend que s’écarter des sentiers battus ne signifie pas se perdre, mais peut-être se retrouver.

